Nous avons pris l’habitude de vouloir réparer ce qui ne va pas.
Une douleur ? Il faut la faire disparaître.
Une tension ? Il faut la détendre.
De la fatigue ? Il faut retrouver de l’énergie.
Une émotion difficile ? Il faut comprendre d’où elle vient, puis réussir à la dépasser.
Nous cherchons souvent très vite une explication, une solution, une technique.
Mais il y a peut-être une étape que nous oublions.
Écouter.
Avant de chercher à modifier ce que nous ressentons, pouvons-nous simplement prendre le temps de sentir ce qui est là ?
Parce que notre corps ne nous parle pas toujours avec des mots.
Il parle avec une respiration qui se raccourcit, une gorge qui se serre, un ventre qui se contracte, des épaules qui montent, une sensation de chaleur, de froid, de lourdeur, d’agitation ou, parfois, avec une sensation beaucoup plus difficile à identifier.
Et souvent, nous passons à côté de ces messages.
Nous sommes tellement habitués à fonctionner « avec notre tête » que nous pouvons finir par ne plus savoir ce que nous ressentons réellement.
Le corps sait parfois avant que nous sachions
Il arrive que nous disions « je vais bien » tout en sentant notre corps complètement tendu.
Ou que nous pensions être reposés alors que nous sommes épuisés.
Ou encore que nous ne nous sentions pas particulièrement tristes, mais que les larmes apparaissent dès qu’un espace suffisamment sécurisant nous permet enfin de ralentir.
Ce n’est pas nécessairement que le corps détient une vérité cachée qu’il faudrait absolument découvrir. Ou décoincer notre corps de ses blocages par un appui magique sur une tension.
C’est plutôt que les sensations corporelles constituent une autre manière d’accéder à notre expérience.
Une manière plus immédiate.
Nous pouvons parler pendant une heure de ce que nous vivons sans vraiment sentir ce que cela produit en nous.
Et parfois, quelques minutes d’attention portée au corps suffisent pour que quelque chose devienne beaucoup plus clair.
C’est précisément ce qui m’intéresse dans l’approche psychocorporelle.
Je ne cherche pas seulement à comprendre ce que la personne pense ou raconte.
Je m’intéresse aussi à ce qu’elle ressent.
À ce qui se passe dans son corps lorsqu’elle parle.
À sa respiration.
À ses tensions.
À ses mouvements.
À ce qui se détend.
À ce qui résiste.
À ce qui apparaît lorsqu’elle cesse, pendant un moment, de faire fonctionner uniquement sa tête.
La câlinothérapie : un raccourci vers le corps
Je constate que la câlinothérapie, c’est parfois un raccourci vers le corps. Sans blabla. C’est aussi pour cette raison que j’aime cette pratique.
Le câlin est quelque chose de très simple. Qui ne demande pas de compétence.
Et pourtant, il peut nous mettre très rapidement en contact avec notre corps.
Il n’est plus nécessaire de réfléchir à notre corps : nous sommes directement en train de le sentir.
La pression du contact.
La chaleur.
La respiration de l’autre.
Notre propre respiration.
Les muscles qui se relâchent… ou qui, au contraire, se contractent.
L’envie de rester.
L’envie de bouger.
L’envie de pleurer.
L’envie de rire.
Ou parfois… rien de particulier.
Et ce « rien » peut déjà être intéressant.
Parce que nous avons rarement l’occasion de nous arrêter suffisamment longtemps pour observer ce qui se passe réellement en nous.
Dans ce sens, la câlinothérapie peut être pour moi une sorte de raccourci vers le corps. On ne peut pas tellement partir ailleurs.
Elle permet parfois d’aller plus vite vers les sensations que ne le ferait une longue conversation.
Pas parce que le câlin serait une solution magique.
Mais parce que le contact physique rend beaucoup plus difficile le fait de rester uniquement dans le mental.
Le corps est là.
Il devient difficile de l’oublier.
Et parfois, les émotions arrivent
C’est également ce qui peut surprendre.
Une personne peut venir chercher simplement un moment de détente, de réconfort ou de contact humain et découvrir, pendant la séance, des émotions qu’elle ne ressentait pas consciemment jusque-là
Une tristesse.
Une grande fatigue.
Une envie de pleurer.
De la joie.
De la colère.
Un sentiment de vulnérabilité.
Ou simplement une sensation étrange : celle d’être enfin en contact avec quelque chose que l’on ne prenait plus le temps de sentir.
Il ne faut pas nécessairement chercher à expliquer immédiatement cette émotion.
Elle n’a pas forcément besoin d’être analysée sur-le-champ.
Elle peut d’abord être ressentie.
C’est parfois une expérience nouvelle : sentir avant de comprendre.
Et c’est là que la dimension psychocorporelle prend tout son sens.
Le travail ne consiste pas forcément à trouver immédiatement pourquoi nous ressentons quelque chose.
Il peut commencer beaucoup plus simplement :
« Qu’est-ce que tu sens, là, maintenant ? »
Où est-ce que tu le sens ?
Est-ce que ça bouge ?
Est-ce que ça change lorsque tu respires ?
Est-ce que tu as envie de rester dans cette sensation ou de t’en éloigner ?
Qu’est-ce qui te ferait du bien maintenant ?
Ces questions peuvent sembler très simples.
Mais elles nous ramènent à une expérience que nous avons parfois perdue : être réellement présent à ce que nous vivons.
Écouter ne signifie pas tout accepter sans rien changer
Écouter son corps ne veut pas dire qu’il faudrait tout laisser en l’état.
Une douleur persistante mérite d’être évaluée.
Une fatigue importante peut avoir de nombreuses causes.
Une souffrance psychique peut nécessiter un accompagnement adapté.
L’écoute corporelle ne remplace donc pas les soins médicaux ou psychologiques lorsqu’ils sont nécessaires.
Elle constitue plutôt une porte d’entrée supplémentaire.
Une façon de mieux percevoir ce qui se passe en soi.
Et parfois, simplement de sortir du réflexe : « Quel est le problème et comment vais-je le supprimer ? »
Pour passer à une autre question :
« Qu’est-ce qui se passe en moi, exactement ? »
Cette question change beaucoup de choses.
Le corps n’est pas toujours un problème à résoudre.
Il ne s’agit pas de considérer le corps comme une machine défaillante qu’il faudrait constamment remettre en état.
Il s’agit de retrouver une relation avec lui.
Apprendre à reconnaître une tension avant qu’elle ne devienne envahissante.
Remarquer que l’on est fatigué avant d’être complètement épuisé.
Sentir que l’on a besoin de proximité.
Ou, au contraire, de distance.
Découvrir ce qui nous apaise.
Sentir ce qui nous met en mouvement.
Et parfois rencontrer des émotions que nous avions simplement cessé de percevoir.
La câlinothérapie peut alors devenir un formidable exercice d’écoute.
Parce qu’elle nous ramène rapidement à l’expérience corporelle.
Elle peut être une porte d’entrée.
Un accélérateur.
Une manière très concrète de passer du « je sais ce que je devrais ressentir » au « voilà ce que je ressens réellement ».
Et à partir de là, quelque chose peut commencer.
Pas forcément une réparation.
Pas forcément une transformation spectaculaire.
Peut-être simplement une rencontre.
Avec soi-même.
Avec son corps.
Avec ses sensations.
Et parfois avec une émotion qui avait besoin, avant toute chose, d’avoir enfin un peu de place.
Fanny Gaye
Thérapeute psychocorporel, câlinothérapeute