« Les câlins, c’est pour les enfants. Les adultes, eux, apprennent à se débrouiller seuls. »
Cette idée est profondément ancrée dans notre culture. Pourtant, si nous cessons de recevoir des câlins en grandissant, notre besoin de contact, lui, ne disparaît pas. Il se fait simplement plus discret… ou il emprunte d’autres chemins.
Nous n’avons en réalité pas perdu notre besoin de contact. Nous avons appris à le cacher.
Un bébé qui réclame les bras est considéré comme normal.
Un enfant qui cherche un câlin lorsqu’il est triste touche notre cœur.
Mais un adulte qui dit :
« J’aurais besoin qu’on me prenne dans les bras. » met souvent son entourage mal à l’aise.
Alors nous apprenons à ne plus demander.
Nous devenons autonomes, efficaces, responsables…
…sans que notre système nerveux cesse, lui, d’avoir besoin de sécurité relationnelle.
Nous sommes probablement la seule espèce qui associe autant le toucher à la sexualité
Chez beaucoup de mammifères sociaux, le contact physique fait partie du quotidien.
Ils se blottissent, se toilettent mutuellement, se touchent pour apaiser une tension ou renforcer un lien.
Chez l’être humain adulte, le toucher a progressivement été réduit à quelques espaces bien définis :
- le couple,
- la famille proche,
- les soins médicaux,
- ou… la sexualité.
Comme si deux adultes ne pouvaient plus simplement être en contact sans que cela signifie autre chose.
Cette confusion prive beaucoup de personnes d’un besoin pourtant fondamental : celui d’un contact humain qui n’attend rien.
Le manque de câlins ne fait pas souffrir… il change notre façon de vivre
Peu de personnes se disent :
« Je souffre d’un manque de câlins. »
En revanche, elles disent souvent :
- « J’ai du mal à me détendre. »
- « Je me sens seul alors que je suis entouré. »
- « J’ai toujours besoin d’être fort. »
- « Je n’arrive pas à lâcher prise. »
Bien sûr, ces difficultés ont des causes multiples.
Mais le manque de contact physique bienveillant peut participer à cette sensation d’être constamment en vigilance.
Le corps finit parfois par oublier ce que signifie simplement… être accueilli.
Recevoir un câlin est parfois plus difficile que d’en donner
Voilà un paradoxe que j’observe souvent.
Beaucoup de personnes donnent facilement.
Elles prennent soin des autres.
Elles soutiennent.
Elles écoutent.
Mais lorsqu’il s’agit de recevoir, quelque chose résiste.
Recevoir demande parfois davantage de confiance que donner.
Il suppose de ne rien avoir à prouver.
De ne rien réussir.
De ne rien rendre.
Simplement accepter d’être là.
Pour certaines personnes, c’est une véritable découverte.
Le corps garde en mémoire ce que le mental oublie
Nous pouvons comprendre beaucoup de choses sur nous-mêmes.
Analyser notre histoire.
Lire des livres.
Faire des années de développement personnel.
Et pourtant, le corps continue parfois à réagir comme s’il attendait encore qu’on le rassure.
Le toucher n’efface pas le passé.
Mais il permet parfois au corps de vivre une expérience différente.
Une expérience où la présence, le respect et le consentement deviennent plus forts que les anciens automatismes.
Les adultes n’ont pas moins besoin de câlins.
Ils ont souvent davantage besoin d’un cadre.
Adulte, le contact devient plus complexe.
Nous avons des histoires différentes.
Des blessures.
Des limites.
Des peurs.
Des expériences parfois douloureuses.
C’est pourquoi le cadre devient essentiel.
Le consentement.
Le respect.
La possibilité de dire non.
La liberté de changer d’avis.
Cette idée qu’on est ici pour faire / recevoir un câlin (c’est prévu pour, donc on va faire ça)
Lorsque ces conditions sont réunies, le contact peut retrouver sa fonction première : créer un espace de sécurité où il devient possible de simplement être présent.
Les câlins ne remplacent pas les relations
La câlinothérapie n’a pas vocation à remplacer les liens affectifs, l’amitié ou le couple.
Elle ne répond pas à tous les besoins humains.
Mais elle rappelle quelque chose que beaucoup d’adultes ont oublié :
Le besoin de contact physique n’est ni infantile, ni honteux.
Il est profondément humain.
Et il mérite parfois, lui aussi, d’être accueilli avec autant de respect que nos émotions ou notre parole.
Une réflexion personnelle
Après plusieurs années d’accompagnement, je suis frappée par une chose : les personnes ne viennent pas seulement chercher un câlin.
Elles viennent souvent chercher un endroit où leur corps peut enfin cesser de se protéger pendant un moment. Et souvent, cesser de réfléchir, de porter, de gérer.
Et c’est peut-être là que réside la véritable puissance du toucher : non pas dans le geste lui-même, mais dans le sentiment de sécurité qu’il rend à nouveau possible.
Fanny Gaye
Thérapeute psycho-corporel
Câlinothérapeute