La câlinothérapie dérange, pourquoi j’y crois encore?

« Ce n’est que des câlins. »

Cette phrase, je l’ai entendue des dizaines de fois.
Parfois avec un sourire amusé.
Parfois avec du mépris.
Parfois avec une curiosité sincère.
Et je comprends.
Si je n’avais jamais vécu une séance de câlinothérapie, j’aurais peut-être pensé la même chose.
Après tout, nous faisons des câlins tous les jours. À nos enfants. À nos amis. À notre partenaire.
Alors pourquoi en faire une pratique thérapeutique ? Tout le monde peut il faire ça ?

Parce que ce n’est justement pas « juste un câlin ».

Pendant des années, j’ai accompagné des personnes souffrant d’anxiété, de solitude, d’hypervigilance, de traumatismes relationnels, d’un profond sentiment de ne pas être aimables.
Beaucoup avaient déjà essayé :
– La psychologie.
– Les livres de développement personnel.
– La méditation.
– Les stages.
– Parler.
-Comprendre.

Et pourtant, leur corps restait en alerte.
Parce qu’il existe une différence immense entre comprendre avec sa tête et faire vivre une expérience nouvelle à son système nerveux. La câlinothérapie agit précisément à cet endroit-là.

Le corps ne se laisse pas convaincre par des explications.

On peut savoir rationnellement que l’on est en sécurité…
…et pourtant ressentir l’inverse.
Le cœur accélère.
Les épaules restent tendues.
La respiration est bloquée.
On sursaute au moindre bruit.
On anticipe toujours le pire.
Le corps n’obéit pas aux discours.
Il apprend grâce aux expériences.
Et parfois, une expérience profondément sécurisante vaut davantage que cent explications.

Oui, la câlinothérapie dérange.

Elle dérange parce qu’elle parle de toucher.
Or notre société a énormément de mal avec cette question.
Pour certains, dès qu’il y a un contact physique entre deux adultes, il doit forcément y avoir une ambiguïté.
Comme si le toucher ne pouvait être que médical…
ou sportif…
ou sexuel.
Il existe pourtant une immense zone oubliée : celle du toucher humain, sécurisant, respectueux, entièrement dénué de séduction ou de sexualité. Cette idée semble presque révolutionnaire aujourd’hui.

Le plus grand malentendu

Lorsque je parle de câlinothérapie, beaucoup imaginent deux personnes qui se prennent simplement dans les bras pendant une heure.
Je comprends cette image.
Mais elle est très éloignée de la réalité.
Une séance est construite.
Elle repose sur le consentement, les limites, le respect du rythme de la personne, l’observation des réactions corporelles, la possibilité de dire non, de changer d’avis, de choisir à chaque instant, l’écoute fine, la communication douce.
Parfois il y a des câlins.
Parfois non.
Parfois une main posée quelques secondes est déjà une immense victoire.
Parce que ce qui soigne, ce n’est pas la quantité de contact.
C’est la qualité de sécurité ressentie.

« Ce n’est que du câlin. »

J’aime répondre une chose.
Si ce n’était « que du câlin »…
Pourquoi tant de personnes pleurent-elles lorsqu’elles découvrent pour la première fois ce que signifie être touchées sans attente, sans performance, sans devoir donner quelque chose en retour ?
Pourquoi certaines réalisent-elles qu’elles n’avaient jamais vécu un contact où elles pouvaient dire « stop » sans culpabiliser ?
Pourquoi d’autres découvrent-elles qu’elles retenaient leur respiration depuis des années ?
Le problème n’est peut-être pas que le câlin soit insignifiant.
Le problème est peut-être que nous avons oublié à quel point un contact véritablement sécurisant peut être rare.

Je ne prétends pas que la câlinothérapie soigne tout.

Je ne pense pas que ce soit une solution miracle.
Elle ne remplace ni un suivi médical, ni une psychothérapie lorsque celle-ci est nécessaire.
Elle ne convient pas à tout le monde.
Et elle doit être pratiquée dans un cadre extrêmement clair et éthique.
Mais lorsqu’elle est proposée avec sérieux, compétence et respect, elle peut devenir une expérience profondément réparatrice.

Ce qui me fait continuer

Cela fait plusieurs années que j’exerce.
J’ai vu des centaines de personnes.
J’ai vu des respirations s’apaiser.
Des corps retrouver de la souplesse.
Des personnes découvrir qu’elles avaient enfin le droit de choisir.
Des larmes retenues depuis parfois des décennies.
Des femmes et des hommes repartir un peu plus enracinés, un peu moins seuls, un peu plus vivants.
Je ne continue pas parce que j’ai besoin d’avoir raison.
Je continue parce que j’observe, séance après séance, que quelque chose change.
Pas toujours de manière spectaculaire.
Mais suffisamment souvent pour continuer à croire que le toucher, lorsqu’il est profondément respectueux, est bien plus qu’un simple geste.

Alors oui, je crois encore à la câlinothérapie.

Même si elle est parfois moquée.
Même si certains la caricaturent.
Même si d’autres la confondent avec quelque chose qu’elle n’est pas, de la prostitution déguisée par exemple.
Je continuerai à défendre une pratique qui remet au cœur de la relation ce dont beaucoup manquent aujourd’hui :
– la sécurité.
– le consentement.
la présence.

Et cette expérience si simple, et pourtant si rare, d’être accueilli tel que l’on est, sans avoir besoin de mériter sa place.

Fanny Gaye
Thérapeute psychocorporel, câlinothérapeute