La plupart des gens font mal les câlins

Oui, je sais.
C’est un titre un peu provocateur.
Pourtant, après des années de pratique en câlinothérapie, j’en suis arrivée à cette conclusion.
La plupart d’entre nous faisons la même erreur.

Et non…
Ce n’est pas une question de durée.
Ni de technique.
Ni même de savoir où mettre ses bras.
En réalité, cette erreur commence… avant même le câlin.

Imaginez la scène.
Quelqu’un est en train de pleurer.
Il raconte sa douleur.
Son monde semble s’effondrer.
Et presque instantanément, une petite voix en nous dit :
« Il faut faire quelque chose. »
Alors on ouvre les bras.
On prend la personne contre soi.
On veut la rassurer.
Le problème, c’est que nous allons souvent beaucoup trop vite.
Nous supportons mal la souffrance de l’autre.
Son émotion nous met mal à l’aise.
Son impuissance réveille la nôtre.
Alors, parfois sans même nous en rendre compte, nous faisons un câlin… pour que cette émotion s’arrête.
Pour que l’autre aille mieux.
Mais aussi, un peu, pour que nous nous sentions moins démunis.

Et c’est là que tout change.
Parce qu’un câlin n’est pas toujours une réponse.
Parfois, c’est une manière d’éviter de rester simplement présent face à la douleur.
Ce qui est difficile et qu’on n’a jamais vraiment appris.

Autre erreur fréquente : nous prenons sans demander.
Nous imaginons que, puisque nous aimerions recevoir un câlin dans cette situation, l’autre en a forcément envie lui aussi.
Mais un câlin n’est pas un médicament universel.
Certaines personnes ont besoin de bras.
D’autres ont besoin d’espace.
Certaines ont besoin de silence.
D’autres ont simplement besoin qu’on reste là, sans chercher à réparer quoi que ce soit.

Voilà pourquoi la question la plus importante n’est pas :
« Comment faire un bon câlin ? »
Mais plutôt :
« Ce câlin répond-il au besoin de l’autre… ou au mien ? »
La nuance est immense.

Ce qui rend un câlin profondément réparateur, ce n’est pas la force avec laquelle on serre quelqu’un.
Ce n’est pas sa durée.
Ce n’est même pas l’émotion qu’on y met.
C’est une chose beaucoup plus discrète.
La personne sent-elle qu’elle peut dire oui
…mais aussi non ?
Sans culpabiliser.
Sans avoir peur de nous blesser.
Sans devoir se justifier.
C’est souvent à cet instant que le corps commence à se sentir réellement en sécurité.

Ironiquement, le plus beau câlin n’est donc pas celui qui est donné avec le plus d’amour.
C’est celui qui n’a pas besoin d’avoir lieu pour prouver cet amour.
Parce que parfois, la plus belle preuve de présence n’est pas d’ouvrir les bras.
C’est de regarder l’autre avec douceur et de lui demander :
« Est-ce que tu aimerais un câlin… ou préfères-tu que je reste simplement avec toi ? »
Et d’accueillir sa réponse, quelle qu’elle soit.
C’est peut-être cela, finalement, le véritable secret de la câlinothérapie.
Elle ne cherche pas à multiplier les câlins.
Elle apprend à ne jamais oublier que, derrière chaque étreinte, il y a un être humain. Et que ce dont il a le plus besoin, ce n’est pas forcément d’être pris dans les bras.
C’est d’être profondément respecté.

Fanny Gaye
Thérapeute psychocorporel – câlinothérapeute