L’anxiété adore les temps morts.
Vous êtes dans votre voiture. Vous venez de couper le moteur.
Vous attendez dans une salle d’attente.
Vous faites la queue au supermarché.
Vous êtes seul(e) chez vous, sans rien de prévu.
Et soudain…
Votre cerveau se met à produire des scénarios.
« Et si je tombais malade ? »
« Est-ce que j’ai bien répondu à ce message ? »
« Et si mon couple allait mal ? »
« Je ne vais jamais y arriver. »
« J’aurais dû faire autrement… »
Quelques minutes plus tôt, tout allait bien. Rien n’a changé à l’extérieur. Pourtant, intérieurement, une tempête est en train de se lever.
Pourquoi ?
Parce que l’anxiété adore les temps morts.
Le silence lui laisse de la place
Quand nous sommes occupés, notre attention est mobilisée.
Nous conduisons. Nous discutons. Nous travaillons. Nous faisons les courses. Notre cerveau traite des informations concrètes.
Mais dès que l’activité ralentit, un espace se crée.
Et si votre système nerveux est habitué à vivre dans l’inquiétude, il ne voit pas ce vide comme un moment de repos.
Il le voit comme une opportunité.
Une opportunité… de chercher un danger.
Car le rôle premier d’un cerveau anxieux n’est pas de vous rendre heureux.
C’est de vous protéger.
Alors il se met à scanner.
Il inspecte le passé.
Il anticipe le futur.
Il cherche ce qui pourrait mal tourner.
L’incertitude est l’un des plus puissants carburants de l’anxiété. Plus quelque chose est flou, plus le cerveau essaie de remplir les blancs avec des hypothèses… qui sont rarement optimistes.
Le problème n’est pas le temps mort
Beaucoup de personnes pensent et disent :
« Je réfléchis trop. »
En réalité, ce n’est pas exactement cela.
Le problème n’est pas d’avoir du temps pour penser.
Le problème est que votre système nerveux n’a pas appris que l’immobilité pouvait être synonyme de sécurité.
Alors dès que vous vous arrêtez…
…il reprend son ancien travail.
Chercher.
Contrôler.
Prévoir.
Anticiper.
Comme un détecteur de fumée réglé beaucoup trop sensible.
Plus vous combattez les pensées…
…plus elles prennent de la place.
C’est un paradoxe que l’on retrouve très souvent en thérapie.
Vous essayez de vous rassurer.
Vous cherchez LA bonne réponse.
Vous vérifiez.
Vous analysez.
Vous faites le tour du problème sous tous les angles.
Et pendant ce temps-là, votre cerveau comprend une chose :
« Si on réfléchit autant, c’est que ce danger doit être important. »
Il continue donc.
Encore.
Et encore.
Les recherches montrent d’ailleurs que les ruminations et les inquiétudes répétitives entretiennent elles-mêmes l’anxiété, en maintenant le cerveau dans un mode de vigilance permanent.
Et si ces temps morts devenaient des temps de récupération ?
Imaginez un instant que votre cerveau découvre quelque chose de nouveau.
Qu’à chaque fois qu’il n’y a rien à faire…
…il ne se passe rien de grave.
Petit à petit, il cesse de remplir le vide.
Il apprend que l’attente peut être paisible.
Que le silence n’annonce pas une catastrophe.
Que quelques minutes sans stimulation peuvent devenir un espace où le corps souffle enfin.
Ce n’est pas quelque chose qui se décide.
C’est quelque chose qui s’apprend.
Par répétition.
Par expérience.
Offrir autre chose à votre cerveau
La prochaine fois que vous vous surprenez à ruminer pendant un temps mort, n’essayez pas immédiatement de faire taire vos pensées.
Essayez plutôt de redonner une place à votre corps.
Sentez vos pieds contre le sol.
Observez votre respiration sans chercher à la modifier.
Écoutez les sons autour de vous.
Regardez trois objets que vous n’aviez jamais remarqués.
Laissez votre attention revenir vers le présent.
Pas pour empêcher votre cerveau de penser.
Mais pour lui montrer qu’en cet instant précis…
…il n’y a rien à résoudre.
Une nouvelle expérience
Chaque temps mort peut devenir un entraînement.
Non pas à penser mieux.
Mais à sentir davantage.
À vivre quelques secondes où il n’y a rien à réussir.
Rien à anticiper.
Rien à contrôler.
Simplement être là.
Et c’est souvent ainsi que commence la véritable diminution de l’anxiété.
Non pas lorsque les pensées disparaissent.
Mais lorsque le corps découvre enfin que le repos est, lui aussi, un endroit sûr.
Fanny Gaye
Thérapeute psychocorporel – câlinothérapeute